Biographies anciennes
Pierre-Noël Levasseur (1690-1770)
LEVASSEUR, PIERRE-NOËL, sculpteur, arpenteur, né à Québec le 28 novembre 1690, fils de Pierre Levasseur, maître menuisier, et de Madeleine Chapeau, décédé à Québec le 12 août 1770.
Pierre-Noël Levasseur se situe dans cette grande famille d’artisans du bois qui a marqué de façon particulière la production artistique canadienne au cours du XVIIIe siècle. Deux grandes lignées, issues des frères Jean et Pierre Levasseur, constituèrent cette dynastie, dont Pierre-Noël Levasseur, petit-fils de Pierre, fut un des principaux représentants. Par ailleurs, la lignée de Jean Levasseur compte des noms aussi célèbres que Noël Levasseur et ses deux fils, François-Noël Levasseur et Jean-Baptiste-Antoine Levasseur, dit Delort.
Nous n’avons retrouvé aucun brevet d’apprentissage dressé au nom de Pierre-Noël Levasseur. On peut supposer qu’il apprit les rudiments de son métier en travaillant soit avec son père, soit avec Noël, un cousin éloigné, qui exerçait déjà le métier de maître sculpteur à Québec lorsque Pierre-Noël atteignit l’âge de l’apprentissage. On sait d’autre part que, vers 1705, l’école des Arts et Métiers de Saint-Joachim connaissait une période féconde sous la direction de l’abbé Louis Soumande. II est donc possible que Pierre-Noël ait fait un stage à cette école.
Plusieurs fonds d’archives paroissiales nous fournissent des indications sur la carrière de ce sculpteur. Cependant, ces mentions correspondent trop souvent à des œuvres qui ont été détruites ou déplacées, et il demeure très difficile d’avoir une vue d’ensemble de la production de Levasseur. On sait qu’en 1723 il habitait la région de Montréal car, le 3 mars de cette année, il faisait baptiser son fils Charles à l’église de L’Enfant-Jésus-de-Pointe-aux-Trembles. De plus, les livres de comptes de l’église Sainte-Famille-de-Boucherville nous permettent de situer la première œuvre de Levasseur en 1723. Le 18 juillet de cette même année, il passait devant le notaire Marien Tailhandier un contrat pour l’exécution d’un retable à l’église de cette paroisse. Peu après, il exécutait à Varennes quelques travaux pour l’église Sainte-Anne, entre autres choses « la Grande porte ».
Absent de Québec au cours des années 1720, Levasseur revint dans cette région vers 1730. À cette époque, il aurait délaissé durant quelques années la sculpture religieuse pour se consacrer à la production d’œuvres profanes. En effet, on retrouve son nom mentionné le 7 mars 1746 dans les jugements et délibérations du Conseil supérieur à l’occasion d’un procès concernant divers travaux de sculpture effectués sur des navires. Il y est rapporté que « le conseil a réduit et modéré le mémoire du sieur Levasseur à la somme de 1 362 livres pour les travaux faits par lui pour les navires l’Imprévue, Saint-Louis, l’Union, le Centaure, l’Expérience, l’Astrée ». La date de ce procès et les délais nécessaires à la construction de chacun de ces navires nous permettent de situer l’exécution de ces travaux entre 1730 et 1744. Le 31 mai 1737, Levasseur obtint, grâce à sa « capacité et [à son] expérience », une commission d’arpenteur et de mesureur royal et le droit d’exercer cette fonction dans le gouvernement de Québec. Nous ignorons malheureusement tout des activités de Levasseur comme arpenteur. Il est certain toutefois qu’après la Conquête il exerçait toujours ce métier.
Vers 1742, il exécuta des travaux de sculpture pour les fabriques de la région de Québec. Nous retrouvons son nom mentionné en 1742 et 1743 dans les livres de comptes de la paroisse Saint-Charles de Charlesbourg, où il sculpta deux statues représentant saint Pierre et saint Paul. La dernière mention importante que nous connaissions de sa production artistique provient du greffe du notaire Jean-Antoine Saillant à Québec. Il s’agit d’un contrat, passé le 29 novembre 1750, qui obligeait Pierre-Noël Levasseur à sculpter et à faire dorer un tabernacle, un retable et un dais pour une confrérie appelée la congrégation de l’Immaculée-Conception de Notre-Dame.
De tous les travaux effectués par Levasseur au cours de sa longue carrière de sculpteur, il n’en reste aujourd’hui que quelques vestiges. La paroisse Saint-Charles de Charlesbourg possède encore ses deux sculptures de saint Pierre et de saint Paul, très représentatives de la sculpture traditionnelle québécoise. La ligne courbe, caractéristique importante de l’art baroque, se retrouve avec une certaine vigueur dans le drapé du vêtement et le mouvement des personnages. Il se dégage de ces sculptures une force et une légèreté dignes de la meilleure tradition québécoise.
Pierre-Noël Levasseur avait épousé le 7 janvier 1719, à Québec, Marie-Agnès de Lajoüe, fille de François de Lajoüe, architecte-entrepreneur et ingénieur. Le contrat de mariage avait été signé devant le notaire Florent de La Cetière le 21 novembre 1718, dans la même ville. Trois de ses fils perpétuèrent cette lignée de sculpteurs : l’aîné, Pierre-Noël, étudia la sculpture à Rochefort en France ; Charles et Stanislas travaillèrent avec leur père, l’un à l’église de Charlesbourg et l’autre à l’ancienne église de Saint-Vallier.
Michel Cauchon et André Juneau
Source : Dictionnaire biographique en ligne. [http://www.biographi.ca/FR/index.html]
Noël Levasseur (1680-1740)
LEVASSEUR, NOËL, maître sculpteur, né a Québec en 1680, fils de Noël Levasseur, menuisier, et de Marguerite Guay, inhumé le 13 décembre 1740 à Québec. Petits-fils du maître menuisier Jean Levasseur* dit Lavigne.
On sait peu de chose des années d’apprentissage de Noël Levasseur, mais on peut supposer qu’il apprit le métier de menuisier avec son père et s’initia à la sculpture avec les maîtres de l’école de Saint-Joachim. Son contrat de mariage avec Marie-Madeleine Turpin, daté du 3 avril 1701, le situe à Montréal. Il y vivait probablement depuis quelque temps afin de parfaire sa formation. Il fut en effet, à Montréal, en contact assez étroit avec le sculpteur Charles Chaboulié pour que ce dernier, alors célibataire, se soit engagé en 1702 à laisser tout son avoir au premier-né des époux Levasseur. Malheureusement, aucune œuvre de Chaboulié ne permet de juger de son influence possible sur Noël Levasseur.
Établi définitivement à Québec en 1703, où il éleva une famille de 13 enfants, Noël Levasseur se fit une clientèle parmi les curés et les communautés de Québec et des environs. Mais il lui arriva aussi de travailler pour des particuliers ; en 1715, par exemple, Levasseur « promet et soblige de partir incessamment pour se rendre au Cap St-Ignace, auquel lieu il fera toutte la sculpture et ornements qui seront nécessaires au navire que led. [capitaine Prat] Prat fait construire aud. lieu ». Si rien ne nous est parvenu des sculptures des vaisseaux du xviie siècle, il ne faut pas oublier qu’il y eut une sculpture profane dans la colonie française. On attribue d’ailleurs à Noël Levasseur deux cartouches en bois sculpté polychrome, l’un au Musée du Québec, l’autre aux Archives publiques du Canada, représentant les armoiries royales de France. Ces cartouches auraient été commandés par Gaspard-Joseph Chaussegros* de Léry en 1727 pour orner les portes et les édifices administratifs de la ville de Québec Bien que le nom de Levasseur apparaisse dans les livres de comptes de beaucoup de paroisses des environs de Québec, il reste malheureusement peu d’ouvrages pour témoigner de son œuvre. Il en est ainsi pour Saint-Laurent (île d’Orléans) où il construisit un retable en 1711, pour Lauson où il exécuta le même genre de travail de 1730 à 1733, pour Saint-Augustin où il œuvra en 1731, pour Notre-Dame de Québec en 1732, pour Beauport en 1733. Il avait aussi travaillé à Varennes en 1726, à la Pointe-aux-Trembles (Montréal) en 1727, à Boucherville en 1729. Il est impossible de retracer aujourd’hui la Vierge à l’Enfant de Notre-Dame de la Jeune-Lorette qui portait une inscription commençant ainsi : « Je suis donné par Noël Levasseur sculpteur et son épouse Marie Madeleine Turpin le 1er mars 1729, pour faire la procession du scapulaire et du rosaire [...] ». Impossible aussi de retracer « deux figures de bois représentant la Ste-Vierge et St-Joseph et deux autres représentant le bœuf et l’âne » sculptées en 1733 pour la paroisse de Sainte-Croix de Lotbinière.
Il nous reste, outre le maître-autel de l’Islet exécuté probablement par Noël Levasseur en 1728, deux œuvres capitales que nous pouvons lui attribuer avec certitude : le maître-autel de la chapelle de l’Hôpital Général de Québec (1722) et le retable de la chapelle des Ursulines (1732–1736). Il fut sans doute aidé par son fils aîné, François-Noël, pour l’exécution de ces deux œuvres, et par son fils cadet, Jean-Baptiste-Antoine, pour le retable des Ursulines. Ces deux sculpteurs durent toute leur formation à leur père et collaborèrent avec lui jusqu’à sa mort. Cette entreprise familiale dura encore longtemps, puis-qu’après 1740 les fils Levasseur partagèrent le même atelier et travaillèrent aux mêmes endroits.
Le tabernacle du maître-autel de la chapelle de l’Hôpital Général constitue une œuvre unique en son genre. C’est une construction architecturale de bois doré d’une grande simplicité : sur une prédelle, un avant-corps, s’avançant par décrochements avec un arc cintré soutenu par dix colonnes corinthiennes, est surmonté d’un dôme, d’une lanterne et d’un ange volant. Cet avant-corps est flanqué de deux ailes incurvées à la base desquelles se trouvent huit niches encastrées entre des colonnes corinthiennes, la partie supérieure étant construite en trois étages ornés de motifs décoratifs ajourés. La base de l’avant-corps porte les armes de Mgr de Saint-Vallier [La Croix] qui fit don de ce maître-autel aux religieuses de l’Hôpital Général. Les huit niches des ailes et les cinq niches du dôme renferment des statuettes qui restent encore aujourd’hui une énigme : elles n’ont pas toutes été faites par le même sculpteur. Il semble bien qu’on ait confié les statuettes du dôme à un sculpteur et celles des ailes à un autre. L’un d’eux pourrait être Noël Levasseur, sans qu’on sache lesquelles lui attribuer, faute d’étude suffisante des styles et de documentation.
Le retable des Ursulines est l’une des œuvres majeures de la sculpture au Canada français. Aux Levasseur, père et fils, se joignit peut-être leur cousin, Pierre-Noël. Il s’agit d’un retable à la récollette [V. Juconde Drué] dont l’esprit a été légèrement altéré lors d’une réfection en 1902. Composé de façon traditionnelle, il est divisé en trois parties séparées par des colonnes corinthiennes : la partie du centre comprend le maître-autel, surmonté d’un tableau de l’Annonciation et d’un édicule terminé par un fronton cintré contenant une statue de saint Joseph tenant l’Enfant Jésus. Aux parties droite et gauche, on distingue les portes de sacristie surmontées de niches contenant des statues de sainte Foy et de saint Augustin. Tout au sommet, sur l’entablement, deux anges adorateurs font le lien avec la partie centrale du retable. Les cinq sculptures en ronde-bosse sont peut-être de la main de François-Noël Levasseur. Les piédestaux des colonnes et les portes de sacristie sont ornés de reliefs. Ceux-ci sont d’une facture plus maladroite que celle des sculptures en ronde-bosse. Le tabernacle du maître-autel est d’un style beaucoup plus orné que celui de l’Hôpital Général. C’est une composition architecturale à trois avant-corps ; celui du centre porte un relief représentant le Bon Pasteur. Une chaire ornée d’un abat-voix complète cet ensemble de bois sculpté, doré et peint.
Si Noël Levasseur ne fut pas seul à travailler à ce retable d’esprit Louis XIV, il en fut certainement l’âme dirigeante. On retrouve le même style, mais simplifié, dans les œuvres de ses fils après 1740.
Continué par ses deux fils, François-Noël et Jean-Baptiste-Antoine, et son cousin Pierre-Noël, Noël Levasseur domina, bien au-delà de sa mort, la sculpture canadienne du xviiie siècle.
Jean Trudel
Source : Dictionnaire biographique en ligne. [http://www.biographi.ca/FR/index.html]
François-Noël Levasseur (1703-1794)
LEVASSEUR (LeVasseur), FRANÇOIS-NOËL (généralement désigné sous le nom de Vasseur), maître sculpteur et statuaire, fils de Noël Levasseur et de Marie-Madeleine Turpin, baptisé à l’église Notre-Dame de Québec le 26 décembre 1703 ; il épousa à Québec, le 18 aoùt 1748, Marie-Geneviève Côté, veuve de Gilles Gabriel, et le couple n’eut pas d’enfant ; décédé à l’Hôpital Général de Québec le 29 octobre 1794.
Issu d’une célèbre famille d’artisans du bois, François-Noël Levasseur, aidé de son jeune frère Jean-Baptiste-Antoine Levasseur, dit Delor, et intimement associé à lui, au point que les deux œuvres se confondent, assura la survivance de la tradition dans le domaine de la sculpture sur bois en Nouvelle-France tout au long du xviiie siècle. Bien avant lui, son arrière-grand-père, Jean Levasseur, dit Lavigne, et Pierre Levasseur, dit L’Espérance, frère de ce dernier, avaient monopolisé presque entièrement la menuiserie fine et la sculpture depuis le milieu du xviie siècle, époque de leur arrivée en Nouvelle-France.
François-Noël Levasseur exécuta ses premières commandes en 1740, à la mort de son père et maître, fournisseur attitré des paroisses et des communautés religieuses du début du xviiie siècle. Au moment de sa prise en charge de l’atelier, rue Saint-Louis, la concurrence était forte. Son oncle, Pierre-Noël Levasseur*, était au faîte de la gloire et réalisait des pièces de mobilier religieux d’importance et des statues d’une grande finesse dans lesquelles le mouvement baroque continuait de se faire sentir. Toutefois, les paroisses nouvellement créées, comme celles datant de la fin du xviie siècle, ne semblaient pas toutes en mesure de faire l’acquisition de ses œuvres. Il est possible que Pierre-Noël Levasseur ait été incapable de suffire à la tâche ou encore qu’il ait exigé un prix trop élevé pour ses réalisations. Le besoin de pièces sculptées plus simples, presque de série, et plus accessibles aux paroisses rurales se faisait donc sentir. C’est à cette tâche que se consacra François-Noël Levasseur.
Presque toutes les paroisses fondées avant 1775 dans le gouvernement de Québec commandèrent des pièces de mobilier ou des statues à l’atelier des Levasseur. La production de ces pièces sculptées s’étendait facilement aussi à l’intérieur du gouvernement de Trois-Rivières, tandis que celui de Montréal restait plus imperméable à l’influence des Levasseur, sauf dans le cas de la paroisse Saint-Sulpice. Le nombre des fabriques y était plus restreint et d’autres artisans, comme Paul-Raymond Jourdain, dit Labrosse, offraient également leurs services. Les paroisses nées au cours du xviiie siècle devant parer au plus urgent, elles commandaient, pour les besoins immédiats, un tabernacle, des crucifix et des chandeliers. Puis, lorsque les locaux permanents du culte étaient construits, la décoration intérieure de l’église pouvait être complétée, en ajoutant, suivant les besoins ou les disponibilités financières, diverses pièces de mobilier qui permettaient aux paroissiens de n’avoir plus rien à envier à ceux des paroisses avoisinantes. Les livres de comptes des fabriques énumèrent alors de nombreux paiements pour l’achat de croix processionnelles, de statues, de piédouches, de reliquaires, de chaires et de tables de communion, de bancs d’œuvres, de cadres d’autel et de pots. Il semble que c’est presque un an avant la date de livraison prévue que le marché devait être conclu, et les sculpteurs ne fabriquaient rien qui n’avait été commandé expressément ou dont le dessin n’avait été approuvé préalablement. Les paiements s’effectuaient sur de très longues périodes après la livraison et pouvaient parfois être réglés en nature, suivant les besoins des sculpteurs : blé, tabac, produits du jardin.
Après la mort de leur père, François-Noël et Jean-Baptiste-Antoine continuèrent, dans un premier temps, à exécuter des pièces très proches parentes de la production paternelle. Sur un meuble de facture très simple, mais dont les proportions étaient très étudiées, ils appliquaient une ornementation pièce à pièce de type classique, principalement des feuilles d’acanthe formant rinceaux ou fleurons. Puis, avec l’acquisition d’une certaine dextérité, naquirent du ciseau des motifs de roses ou d’autres fleurs, où le relief se faisait sentir. La production connut une modification très importante par la découverte tardive du rococo. Fait cocasse, l’utilisation du motif rocaille, si caractéristique de la période terminale du rococo, se fit dans un esprit tout à fait contraire à celui dans lequel il avait été créé en France sous Louis XV. Fort de son habileté technique et imprégné d’une tradition devenue presque de la routine, François-Noël Levasseur n’avait pas compris que l’asymétrie était une des caractéristiques majeures de ce nouvel ail de la décoration et il produisit des motifs de style rocaille appliqués à ses meubles suivant des critères classiques, comme si la fidélité aux modèles légués par les devanciers primait sur toute nécessité de changement. Ce tournant de l’histoire de l’atelier se situe autour de 1749 et est d’abord illustré par le tabernacle de l’église Sainte-Famille de l’île d’Orléans.
On serait peut-être tenté de croire que la Conquête entraîna une diminution de la production à l’atelier de sculpture : il n’en est rien. De nombreuses pièces de mobilier avaient été déplacées et cachées durant la guerre, quelques-unes étaient avariées et, la paix revenue, tout devait être remis en état. L’atelier Levasseur connut une activité plus grande que jamais et la production continua jusqu’en 1782, même après la mort de Jean-Baptiste-Antoine survenue en 1775. Aucun changement notable n’intervint alors dans la manière de procéder, et les grandes pièces de mobilier, comme les tabernacles, furent toujours ornées du même motif rocaille, alors que cette vogue était complètement passée en France.
Après le décès de Pierre-Noël Levasseur, survenu en 1770, il semble que François-Noël se soit consacré davantage à la production d’ouvrages en ronde-bosse. Les premières statues sorties de l’atelier avaient d’abord été destinées à figurer sur les tabernacles, dans des niches prévues à cet effet. Se distinguant par un hiératisme contrastant avec le mouvement représenté dans les œuvres de Pierre-Noël Levasseur, elles gardaient sous le traitement polychrome une facture plus grossière, presque paysanne. Mais, après la Conquête, sortent de l’atelier de la rue Saint-Louis des statues de toutes dimensions, notamment parce que les fabriques devaient remplacer celles des portails de leur église disparues au cours de la guerre ou fortement abîmées par le temps.
Malgré l’importance de l’atelier des Levasseur, il ne reste pas de traces de l’engagement des ouvriers ou des apprentis nécessaires à son bon fonctionnement. On sait cependant que les sculpteurs faisaient appel à des ouvriers d’expérience travaillant ailleurs dans la ville, dont un tourneur, pour compléter les travaux de commande. Les pièces créées à l’atelier furent dorées d’abord par les ursulines, puis, à la fin du Régime français et après la Conquête, par les augustines de l’Hôpital Général.
Vivant depuis le 28 septembre 1782 dans les appartements habituellement occupés par le chapelain de l’Hôpital Général, François-Noël Levasseur passa les 12 dernières années de sa vie auprès de sa nièce, sœur Marie-Joseph de Saint-François-d’Assise, qui, sans doute aidée du vieil artisan, réalisa quelques travaux de sculpture pour sa communauté à cette époque. Le dernier sculpteur important de la dynastie des Levasseur s’éteignit à l’âge de 90 ans. D’autres artisans du bois étaient toutefois prêts à prendre la relève, notamment les Baillairgé [V. Jean Baillairgé].
Les historiens de l’art ont été plutôt complaisants à l’endroit de l’œuvre de François-Noël Levasseur. Bien sûr, les réalisations de son atelier ont été abondantes et elles ont été conservées en grand nombre, ce qui prédispose à un jugement favorable. Mais si on replace l’œuvre dans son contexte, on s’aperçoit que les pièces produites rue Saint-Louis marquent une sclérose des traditions de la sculpture sur bois. La simplification excessive des lignes et la tendance à la répétition des motifs décoratifs semblent indiquer une absence de recherche. Les artisans sont isolés des centres de création, Paris par exemple, et les grands modèles ne leur sont pas facilement accessibles. Cette situation entraîne une dégradation de leur créativité même s’ils conservent une dextérité à toute épreuve.
Raymonde Gauthier
Source : Dictionnaire biographique en ligne. [http://www.biographi.ca/FR/index.html]
Jean-Baptiste-Antoine Levasseur (1717-1775)
LEVASSEUR (Le Vasseur), dit Delor, JEAN-BAPTISTE-ANTOINE (généralement désigné sous le nom de Vasseur), maître sculpteur et statuaire, baptisé à l’église Notre-Dame de Québec le 20 juin 1717, fils de Noël Levasseur et de Marie-Madeleine Turpin, décédé à Québec le 8 janvier 1775.
Fils d’un sculpteur important de la Nouvelle-France, Jean-Baptiste-Antoine Levasseur connut une vie effacée à côté de son frère aîné, François-Noël, avec qui il partageait la direction d’un atelier fort actif dont la production se concentrait surtout sur le mobilier religieux. On ne sait pas précisément quelles tâches lui étaient confiées au sein de la petite société, ni comment les profits étaient répartis entre les deux frères car ils semblent avoir formé un tout indivisible, désigné sous le terme « Les Vasseurs ». Même si sa signature n’apparaît que rarement au bas des contrats notariés, Jean-Baptiste-Antoine Levasseur paraît avoir joui d’une certaine autorité. Il a ainsi signé, en l’absence de son frère, les reçus marquant la fin des transactions avec les paroisses et les communautés religieuses.
Le 10 avril 1747, Jean-Baptiste-Antoine Levasseur épousa à Notre-Dame de Québec Marie-Régis Cartier, et le couple s’installa avec François-Noël, rue Saint-Louis. Les deux frères partageaient cette maison depuis le début de leur carrière. Lors de la signature du contrat de mariage, la présence de René-Nicolas Levasseur, « ingénieur de la marine Entretenue pour le service du Roy En ce Pays », sans lien de parenté avec Jean-Baptiste-Antoine, laisse croire que le sculpteur participait à l’ornementation des navires construits aux chantiers navals de Québec. De plus, on sait que René Cartier, le père de la mariée, était navigateur, et qu’il avait commandé au moins un navire, le Saint-Joachim, aux chantiers navals de Québec. Une liste des fournisseurs et ouvriers des chantiers du roi fait état de la présence de plusieurs Levasseur mais Jean-Baptiste-Antoine n’y est pas mentionné expressément. On imagine facilement cependant que les sculpteurs n’étaient jamais bien loin des chantiers les plus actifs et que, la compétence de la famille étant connue, on n’hésitait pas à faire appel aux services de l’artisan qui était disponible à l’intérieur de l’atelier. Des croquis non datés, conservés au séminaire de Québec, témoignent de la contribution de Jean-Baptiste-Antoine Levasseur et de son frère à la décoration des navires. Ces dessins représentent la sculpture de la poupe d’un bateau prévu pour le service du séminaire. Cette barque, sans doute destinée à porter le nom de Sainte-Famille, était agrémentée de motifs classiques dérivés de la feuille d’acanthe. Y figurent en bas-reliefs les personnages traditionnels : un enfant Jésus emmailloté, un saint Joseph et une Vierge aux traits plutôt frustes.
L’existence des artisans du bois au xviiie siècle se déroule dans Lin climat d’anonymat. Leur renommée suffisant sans doute à donner confiance à ceux qui font des commandes, la transaction est rarement officialisée par des actes notariés. Ce climat d’anonymat est encore accentué par la présence, au sein des familles élargies, de plusieurs individus du même nom. Ainsi, dans la famille Levasseur, le prénom de Noël est régulièrement en usage pour désigner les membres s’adonnant à la sculpture. Les historiens de l’art ont donc fort à faire pour identifier les œuvres de Jean-Baptiste-Antoine Levasseur et des autres.
Quand on progresse dans la découverte des sculpteurs du xviiie siècle et de leurs réalisations, il devient évident qu’il vaut mieux analyser la production de chaque atelier de façon globale et la replacer dans une perspective continue. D’ailleurs, Jean-Baptiste-Antoine Levasseur et les autres sculpteurs de son époque auraient sans doute jugé inconvenant de personnaliser une œuvre puisque, selon eux, celle qui est belle se reconnaît et s’attribue d’elle-même.
Jean-Baptiste-Antoine Levasseur fut inhumé à Québec le 9 janvier 1775. De son mariage à Marie-Régis Cartier, sept enfants étaient nés dont un seul survécut. Cet unique descendant de la famille du sculpteur Noël Levasseur ne semble pas avoir exercé son activité dans le secteur de la sculpture sur bois.
Raymonde Gauthier
Source : Dictionnaire biographique en ligne. [http://www.biographi.ca/FR/index.html]
René-Nicolas Levasseur (1705-1784)
LEVASSEUR, RENÉ-NICOLAS, chef de la construction navale royale et inspecteur des bois et forêts au Canada, probablement né à Rochefort, France, en 1705 ou en 1707, décédé à Aubagne, France, le 2 août 1784.
René-Nicolas Levasseur appartenait à une famille liée à la marine depuis près d’un siècle. Certains membres de sa famille avaient rempli des charges d’intendant et de commissaire ordonnateur et son père s’était consacré à la construction navale. D’abord constructeur à Rochefort, il était devenu, en 1717, premier maître à Toulon. René-Nicolas allait suivre fidèlement les traces de son père, effectuant son apprentissage sous ses ordres, tandis qu’un de ses frères devenait ingénieur et l’autre, Louis-Armand, commissaire général ordonnateur de Rochefort. Il entra au service du roi en 1727 en qualité de sous-constructeur à Toulon. En 1733, il y dirigea la construction d’un navire de 40 canons, l’Aquilon. C’était un homme de confiance, déjà expérimenté, se piquant de sa probité, de son zèle et de son utilité, qui allait assumer toutes les tâches liées à l’entreprise royale dans la colonie.
Au printemps de 1738, le ministre de la Marine, Maurepas, donnait enfin une réponse favorable à la demande maintes fois répétée depuis plus de 20 ans par les autorités coloniales d’établir des chantiers royaux de construction navale à Québec. Il annonçait en même temps l’envoi de René-Nicolas Levasseur pour prendre la direction des opérations. Celui-ci s’embarqua aussitôt pour le Canada et s’installa à Québec avec son épouse, Angélique Juste, et leurs enfants dans une maison située rue Champlain, près du futur chantier de construction.
Dès l’automne suivant, l’intendant Hocquart l’envoya dans les forêts afin de vérifier les informations recueillies au cours des explorations précédentes [V. David Corbin ; Médard-Gabriel Vallette de Chévigny], de préciser la quantité et la qualité des bois nécessaires aux chantiers et de choisir les régions à exploiter. Par la suite, le constructeur retourna presque chaque année en forêt à la recherche de bois convenant à la construction de bâtiments devant jauger 500 à 700 tonneaux. L’entreprise royale devait en effet répondre à la décision du ministre de construire des bâtiments de guerre destinés à augmenter la puissance de la flotte royale dans l’éventualité d’un conflit armé avec l’Angleterre. Orles prévisions antérieures, sauf celles de l’expert Vallette de Chévigny, s’étaient révélées trop optimistes : le bois requis pour la construction de bâtiments de grande taille se révélait rare, coûteux et de médiocre qualité. Les ressources forestières du Canada auraient plutôt convenu à la construction de bâtiments marchands jaugeant 250 à 300 tonneaux. Cette décision de la métropole causa des inquiétudes et créa des désagréments de toutes sortes. Il fallut abattre le bois dans la lointaine région du lac Champlain : il revint plus cher que prévu et, pour obtenir des pièces de la dimension désirée, on dut utiliser du bois de pauvre qualité. L’entreprise coloniale en subit un discrédit d’autant plus néfaste que des bâtiments de grande taille, comme le Caribou, une flûte de 700 tonneaux lancée en 1744, pourrirent en moins de cinq ans.
L’organisation du travail ne laissait pratiquement aucun temps libre à Levasseur. Une fois les zones de coupe délimitées, il revenait à Québec pour préparer la saison d’été, tracer les plans de futurs bâtiments et assurer l’approvisionnement du chantier en fournitures nécessaires à la construction des vaisseaux. Malgré cela, il devait souvent retourner en forêt avant la fin de l’hiver pour surveiller la coupe du bois, s’assurer qu’il aurait toutes les pièces voulues et organiser le flottage du bois depuis le lac Champlain jusqu’à Québec. D’avril à novembre ou décembre, il devait également coordonner et surveiller le travail de tous les ouvriers dans les chantiers navals.
Les chantiers, d’abord situés sur la rivière Saint-Charles, à l’endroit où les particuliers avaient pris l’habitude de construire leurs bâtiments, furent déménagés au Cul-de-Sac, non loin de la place Royale, en 1746. Le fleuve, par sa profondeur, se prêtait mieux que la rivière au lancement des gros navires. L’été, quelque 200 hommes supervisés par une douzaine de contremaîtres venus de France s’affairaient, du petit matin à la tombée de la nuit, sur le chantier. Ce rythme de travail permettait de construire un navire en deux ans. Ainsi, de 1738 à la conquête, Levasseur lança une dizaine de navires de guerre, plus quelques petits bâtiments de service. Il se chargea de la formation des aide-constructeurs, son fils Pierre et Louis-Pierre Poulin de Courval Cressé, qui construisirent aussi des bâtiments de guerre légers pour la navigation sur les lacs à l’époque de la guerre de Sept Ans.
Ces succès ne furent pas remportés sans difficultés. Le prix de revient des constructions fut jugé excessif par les autorités métropolitaines. La recherche de pièces de bois de grande dimension coûtait cher. Il fallut l’imagination et la ténacité d’un Levasseur pour venir à bout de situations presque catastrophiques. L’établissement puis le déplacement des chantiers entraînèrent des déboursés considérables. Le constructeur eut même à se plaindre des exactions pratiquées par des administrateurs de la colonie. Certains d’entre eux, en effet, comme Jacques-Michel Bréard, utilisaient à leur profit les services de contremaîtres payés par le roi et du bois destiné à la construction des vaisseaux du roi. En tout temps la rareté de la main-d’œuvre exigea le versement de salaires élevés. Il fallut d’abord faire venir de France des maîtres de métier qualifiés pour prendre en charge les divers ateliers. Par la suite, la main-d’œuvre canadienne se faisant rare, l’intendant sollicita du ministre, année après année, la venue de simples journaliers pour assurer la survie de l’entreprise.
Malgré la bonne volonté du constructeur et des autorités de la colonie, les difficultés nées du système et de la conjoncture économiques ne permirent pas à la construction navale d’atteindre les objectifs visés. L’entreprise ne joua que temporairement le rôle de pôle de croissance et d’appui à l’entreprise privée qu’avait souhaité Hocquart. Après un essor remarquable entre 1739 et 1742, les industries secondaires – brai et goudron pour le calfatage, lin et chanvre pour les cordages et les voiles, fer pour la clouterie et les agrès – périclitèrent rapidement. La crise agricole des années 1742 et 1743 entraîna une telle hausse des prix que les petits entrepreneurs dont la production était assujettie aux prix fixés par l’intendant abandonnèrent leur entreprise. À compter de 1744, Levasseur dut commander aux arsenaux français des pièces essentielles pour l’achèvement des vaisseaux. Quand la marine anglaise commença à bloquer l’entrée du Saint-Laurent, surtout à partir de 1756, la survie de l’entreprise fut sérieusement menacée. De plus, la tentaculaire entreprise royale accapara les ressources physiques et humaines dont l’entreprise privée avait besoin. La satisfaction des besoins de la métropole s’était faite au détriment du développement de la colonie. Du plan élaboré par Hocquart, il ne restait plus qu’une industrie métropolitaine implantée en milieu colonial pour mieux tirer profit de ses ressources.
Contrairement aux forges du Saint-Maurice où administrateurs, contremaîtres et ouvriers ne furent pas toujours qualifiés, la construction navale bénéficia en Levasseur des services d’un homme compétent et consciencieux. Son travail fut d’ailleurs l’objet d’éloges unanimes et constamment renouvelés, malgré certains échecs, comme la perte de l’Orignal qui se brisa le jour de son lancement en 1750. On eut recours à lui chaque fois que les difficultés étaient grandes. Il fut l’expert chargé de remédier aux problèmes posés par l’approvisionnement en bois. Il imagina des procédés de flottage du bois permettant de franchir sans péril les sauts des rivières. Il fut chargé de faire sauter, dans les cours d’eau, les écueils dangereux. C’est à lui plutôt qu’à l’ingénieur du roi, Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, que l’on confia la construction des quais lorsqu’on déménagea les chantiers navals au Cul-de-Sac. Arrivé comme sous-constructeur avec tin traitement annuel de 1 800ª, il reçut un brevet de constructeur l’année suivante, et son traitement fut porté à 2 400ª en 1743 ; il devint chef constructeur en 1749 et inspecteur des bois et forêts en 1752. Chaque lancement de navire lui valut en outre d’importantes gratifications. Au cours du siège de 1759, on eut recours à lui pour diriger les escouades d’ouvriers chargés de combattre les incendies consécutifs aux bombardements de la ville. La confiance de tous les administrateurs de la colonie envers les talents et l’efficacité de Levasseur ne se démentit jamais.
Les autorités françaises surent reconnaître ses mérites et utiliser ses aptitudes. Comme il avait à peu près tout perdu durant la guerre – lors de son retour en France en 1760, le vaisseau ayant fait relâche sur la côte d’Espagne, il dut laisser sa famille à Bayonne, près de la frontière espagnole, faute d’argent pour poursuivre le voyage – le ministre de la Marine lui accorda 1 200ª par an pour son entretien. De plus, le ministre trouva rapidement le moyen d’utiliser sa compétence : il le chargea de l’exploitation du bois pour les mâts dans les Pyrénées afin d’approvisionner Bayonne. Pour relever ce défi auquel se butait l’administration depuis près de 30 ans, Levasseur perçut de nouveau un traitement de 2 400ª-. Il y réussit si bien – avec l’applaudissement de la cour, comme il est mentionné dans son dossier personnel – qu’on le nomma commissaire de la Marine le 21 mai 1764.
Quand il demanda sa mise à la retraite en mars 1766, il obtint une pension de 1 800ª. Peu à peu, cependant, le souvenir de ses services exceptionnels s’estompa. On refusa à son fils Pierre, devenu écrivain de la Marine après le retour de la famille en France, un brevet de sous-commissaire. À la mort de Levasseur en 1784, son épouse eut beaucoup de mal à obtenir la pension minimale de 600ª attribuée aux veuves de commissaires de la Marine. L’habile exécutant avait été oublié.
Jacques Mathieu
Source : Dictionnaire biographique en ligne. [http://www.biographi.ca/FR/index.html]
Michel Levasseur
LEVASSEUR, MICHEL, orfèvre qui résida au Canada de 1699 à 1709 environ. Il épousa Madeleine Vilers et ils eurent sept enfants dont l’ainé, une fille, naquit à Québec en 1700.
Levasseur est le premier orfèvre de Québec dont les archives fassent état. Les registres de Notre-Dame de Québec révèlent qu’il nettoya l’argenterie en 1707 et que l’année suivante il répara un calice et un ciboire. En 1709, il fabriqua une lampe de sanctuaire pour le séminaire de Québec. Peu après, il retourna en France où il éprouva certaines difficultés à se trouver du travail par suite de l’opposition des orfèvres de Rochefort.
Durant son séjour de dix ans en Nouvelle-France, Levasseur, selon la coutume de l’époque, avait à titre de maître orfèvre dispensé l’enseignement de son métier. Par un contrat daté du 2 mai 1708, il s’engagea à enseigner l’orfèvrerie à Pierre Gauvreau et « à personne d’autre ». Peu après, l’intendant Raudot le releva de son contrat et lui permit de prendre un autre apprenti du nom de Jacques Pagé, dit Carcy. D’après les clauses de ces contrats d’apprentissage, le maître orfèvre s’engageait, moyennant une somme d’argent que payaient les parents de l’apprenti, à prendre celui-ci dans sa maison, pendant une période de sept ans, à lui enseigner les « mystères » de son métier, et à le loger, le nourrir et le vêtir. Il avait aussi certaines obligations à remplir concernant son instruction et ses devoirs religieux. L’apprenti ne recevait aucun salaire.
Jusqu’à maintenant, aucun objet n’a été identifié comme étant l’œuvre de Levasseur durant son séjour au Canada.
John Langdon
Source : Dictionnaire biographique en ligne. [http://www.biographi.ca/FR/index.html]
Joseph Le Vasseur Borgia (1773-1838)
LE VASSEUR BORGIA, JOSEPH (il signait LeVasseur Borgia), avocat, propriétaire de journal, officier de milice et homme politique, né le 6 janvier 1773 à Québec, fils de Louis Le Vasseur Borgia, forgeron, et de Marie-Anne Trudel ; décédé le 28 juin 1839 dans sa ville natale.
François-Maximilien Bibaud a affirmé dans le Panthéon canadien que la famille Borgia de Québec était d’origine italienne ; Benjamin Sulte et d’autres historiens ont repris cette assertion. En fait, les ancêtres de Joseph Le Vasseur Borgia étaient tous de descendance française et son grand-père est le premier Le Vasseur auquel on adjoignit le nom de Borgia.
Joseph Le Vasseur Borgia vécut les premières années de son enfance dans le faubourg Saint-Jean à Québec. Il était âgé de sept ans lorsque sa famille vint s’établir à l’intérieur des murs de la haute ville de Québec, dans la rue Sainte-Famille, à proximité du petit séminaire. Il fit d’ailleurs ses études classiques dans cet établissement de 1786 à 1792. Accusé d’avoir assisté à une pièce de théâtre, il fut chassé du petit séminaire à la fin d’avril 1790 puis réadmis l’année suivante, cette fois à titre de pensionnaire. Le 30 avril 1792, à une séance publique au petit séminaire, il était au nombre des cinq étudiants qui soutinrent des thèses en mathématique, en balistique, en astronomie et en physique devant un imposant auditoire qui entourait le prince Edward Augustus.
Le Vasseur Borgia fit par la suite son stage de clerc et reçut sa commission d’avocat le 18 juillet 1800. Il ouvrit alors un bureau à Québec et s’illustra au fil des ans par d’austères mais solides plaidoiries. À quelqu’un qui un jour lui soulignait le manque d’éloquence de l’avocat Le Vasseur Borgia, le gouverneur sir James Henry Craig, qui l’avait vu plaider, rétorqua : « c’est vrai [...] mais je crois qu’il y a peu d’avocats dans cette colonie qui aient une connaissance aussi profonde du droit romain ». S’il se porta à la défense de nombreuses personnes, Le Vasseur Borgia se retrouva également, à maintes reprises, au banc des accusés. Il eut en effet de multiples démêlés avec le protonotaire Joseph-François Perrault. Les relations entre les deux hommes de loi s’envenimèrent en 1805 lorsque Perrault poursuivit Le Vasseur Borgia pour des honoraires dus. Ils s’affrontèrent dans plusieurs autres causes jusqu’en 1825.
Dès le début de sa carrière d’avocat, Le Vasseur Borgia fut attiré par la scène politique. À la suite du décès de William Grant, représentant de la circonscription de la Haute-Ville de Québec à la chambre d’Assemblée du Bas-Canada, il annonça, le 10 octobre 1805, sa candidature à l’élection partielle. Lui et Perrault s’y affrontèrent et la division des votes des électeurs de langue française contribua à la victoire du candidat anglophone John Blackwood. Quelque peu dépité, Le Vasseur Borgia n’en était pas moins décidé à tenter de nouveau sa chance à la première occasion. Il fit d’ailleurs annoncer dans la Gazette de Québec du 19 décembre : « L’APPUI que j’ai reçu [...] malgré les efforts combinés de certains cabaleurs publics, est un témoignage [...] de l’estime publique à mon égard ! » Le 18 juin 1808, on l’élit représentant de la circonscription de Cornwallis dont il défendit les intérêts à la chambre jusqu’à la fin de sa carrière politique en 1830, à l’exception des années 1820 à 1824.
En 1806, Le Vasseur Borgia s’était joint à Pierre-Stanislas Bédard, Jean-Thomas Taschereau, François Blanchet et d’autres afin de fonder le Canadien, journal qui allait prôner les intérêts des membres des professions libérales de langue française. Irrité par leur soutien à ce journal, qu’il jugeait « une feuille libelleuse et séditieuse », Craig destitua le 14 juin 1808 Le Vasseur Borgia et d’autres propriétaires du Canadien de leurs postes d’officiers de milice. En mars 1810, il fit saisir les presses du Canadien et jeter en prison l’imprimeur Charles Lefrançois et les propriétaires Bédard, Taschereau et Blanchet. Contrairement à ce que certains auteurs ont déjà affirmé, Le Vasseur Borgia put échapper aux foudres du gouverneur et ne fut point emprisonné. Sa réputation d’éminent avocat et ses positions modérées auraient contribué à lui éviter le sort des autres dirigeants du journal.
En 1812, le nouveau gouverneur, sir George Prevost, courtisa les chefs du parti canadien afin de s’assurer leur appui et leur loyauté dans la guerre contre les États-Unis. Le Vasseur Borgia recouvra ainsi sa commission d’officier de milice et fut promu capitaine dans le 1er bataillon de milice de la ville de Québec. La discorde allait bientôt apparaître à l’intérieur de ce bataillon. Une fois de plus, Le Vasseur Borgia entra en conflit avec Perrault. On le mit aux arrêts et on le traduisit devant un conseil de guerre, les 9 novembre et 9 décembre 1812, sous l’accusation d’avoir désobéi à son supérieur, le lieutenant-colonel Perrault, en « tendant à détruire le bon ordre et la discipline militaire ». Il fut finalement acquitté. Une éventuelle participation aux luttes armées contre les envahisseurs américains n’enchantait guère Le Vasseur Borgia. D’ailleurs, selon l’historien François-Xavier Garneau, il aurait assisté à une réunion secrète qui se tint à Québec afin de délibérer au sujet de l’adoption d’une position de neutralité dans ce conflit qui, dans l’esprit de certains Canadiens, ne regardait que l’Angleterre et les États-Unis.
Dès la fin de 1812, Le Vasseur Borgia était de retour à son poste familier à la chambre d’Assemblée. S’il ne fut jamais un grand orateur, il participa toutefois avec assiduité aux travaux de la chambre et devint membre de nombreux comités. Souvent décontenancé par la violence des débats à l’Assemblée, il avait présenté une motion, le 9 février 1811, afin que le fait d’interrompre un député, « soit en frappant du poing, soit en jurant », constitue une infraction aux privilèges de la chambre. Au cours de sa longue carrière parlementaire, il ne s’emporta qu’une fois. Le 10 mars 1819, il s’en prit au député Samuel Sherwood ; il l’injuria, lui fit des «grimaces menaçantes », selon le témoin Philippe Panet, et le poursuivit à travers la chambre. Son comportement provoqua de virulents débats qui s’étendirent sur près de huit heures. Denis-Benjamin Viger alla jusqu’à réclamer l’emprisonnement de Le Vasseur Borgia. Mais, en dernier ressort, l’Assemblée s’entendit pour le mettre sous la garde du sergent d’armes.
Au moment où se produisit cet incident, les députés se penchaient sur une question qui tenait particulièrement à cœur à Le Vasseur Borgia : l’administration de la justice. Le 6 mars 1815, il avait prôné avec conviction à la chambre l’adoption du droit civil anglais au Bas-Canada et l’abrogation de la Coutume de Paris, du droit coutumier et des édits, arrêts, ordonnances et déclarations en usage depuis l’époque de la Nouvelle-France. Sa longue pratique du métier d’avocat lui avait maintes fois prouvé la difficulté « de trouver sa route dans ce dédale inextricable ». Philippe-Joseph Aubert de Gaspé racontait que Le Vasseur Borgia aurait un jour reconnu avoir perdu 20 ans de sa vie dans l’étude des livres de droit ; il en était venu à la conclusion qu’il valait mieux se fier à son jugement et, afin de se tirer d’embarras, avoir recours au sort à l’aide d’un cornet et de dés.
D’abord membre du parti canadien, Le Vasseur Borgia ne se dissocia point des opinions et décisions de ses confrères. Toutefois, au cours des années 1820, il prit peu à peu ses distances à l’égard de Louis-Joseph Papineau et de ses partisans. Le 8 janvier 1825, à l’élection au poste de président de la chambre, il appuya la candidature de Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal plutôt que celle de Papineau. Le Vasseur Borgia se retira de la scène parlementaire en 1830, année où la circonscription de Cornwallis disparut en donnant naissance à celles de Kamouraska et de Rimouski. Il ne se mêla pas non plus aux débats et aux assemblées qui précédèrent les événements de 1837–1838. À la fin de juin 1838, il se rendit présenter ses respects au gouverneur en chef lord Durham [Lambton], arrivé depuis peu de temps dans la colonie.
Homme d’une grande culture, Le Vasseur Borgia s’était constitué au fil des ans une imposante bibliothèque, où les manuels de droit et de jurisprudence côtoyaient, entre autres, de nombreux ouvrages d’histoire, de mythologie, de philosophie, d’astronomie et de chimie. Son journal personnel révèle sa passion à l’égard de l’histoire. Des notes de recherche sur la famille Le Vasseur Borgia et sur la monarchie française voisinent avec de minutieuses énumérations des évêques du diocèse de Québec et des gouverneurs de la colonie sous les régimes français et anglais. Au moment de sa retraite, Le Vasseur Borgia calcula avoir consacré, entre 1831 et 1836, quatre mois et dix jours de son temps à mettre de l’ordre dans ses papiers privés et ses « papiers de causes ».
Les dernières années de Le Vasseur Borgia furent assombries par la pauvreté et la perte de son fils Narcisse-Charles. Ce dernier avait fait son stage de clerc sous sa direction à compter de 1825 et reçu sa commission d’avocat le 27 février 1830. Il avait, disait-on, hérité des talents d’avocat de son père. D’une santé délicate, il décéda à l’âge de 30 ans, le 5 novembre 1834. Fort pauvre, Le Vasseur Borgia dut compter sur la générosité d’avocats de Québec qui se cotisèrent afin d’acquitter les frais des funérailles de son fils. En négligeant la pratique du droit pour se consacrer à sa carrière politique, il n’avait pas tardé à faire face à d’épineux problèmes financiers et, dès 1817, il avait dû se départir de sa bibliothèque.
Joseph Le Vasseur Borgia mourut le 28 juin 1839 après « une maladie de quelques semaines », comme le notait le Canadien, et on l’inhuma dans le cimetière des Picotés. Ainsi disparaissait celui qui, depuis 17 ans déjà, était le doyen du barreau du district de Québec. Aubert de Gaspé conservait le souvenir d’un Le Vasseur Borgia « désintéressé, généreux et d’une délicatesse de sentiments remarquable ». Avocat redouté et homme politique respecté, il avait su compenser son manque d’éloquence par de belles argumentations. « C’était un sage », disait Bibaud. S’il joua un rôle plus effacé que plusieurs de ses contemporains, les Bédard, Viger et Papineau, il n’en fut pas moins l’un des hommes politiques les plus consultés et influents du Bas-Canada, de la fondation du journal le Canadien en 1806 jusqu’à son retrait de la vie politique en 1830.
Jean-Marie Lebel
Source : Dictionnaire biographique en ligne. [http://www.biographi.ca/FR/index.html]
Le Vasseur Borgia, Joseph (1773-1839)
Né à Québec et baptisé dans la paroisse Notre-Dame, le 6 janvier 1773, fils de Louis LE VASSEUR Borgia, forgeron, et de Marie-Anne Trudel. Signait LeVasseur Borgia. Étudia au petit séminaire de Québec de 1786 à 1792, puis effectua un stage de clerc en droit. Obtint sa commission d'avocat en 1800. Exerça sa profession à Québec.
Défait dans Cornwallis en 1804. Défait dans la Haute-Ville de Québec à une élection partielle le 14 décembre 1805. Participa à la fondation du Canadien en 1806. A cause de ses liens avec ce journal, fut destitué de son poste d'officier de milice par le gouverneur James Henry Craig, le 14 juin 1808; fut réintégré et promu capitaine en 1812 par le gouverneur George Prévost. Élu dans Cornwallis en 1808; appuya le parti canadien. Réélu en 1809, 1810, 1814 et 1816. Arrêté et mis sous la garde du sergent d'armes sur un ordre donné par l'Assemblée le 10 mars 1819, pour avoir insulté et menaçé le député Samuel Sherwood. Défait en avril 1820. Élu dans Cornwallis en 1824. Réélu en 1827. Ne s'est pas représenté en 1830.
Décédé à Québec, le 27 juin 1839, à l'âge de 66 ans et 5 mois. Inhumé dans le cimetière des Picotés, dans la paroisse Notre-Dame, le 2 juillet 1839. Eut un fils, Narcisse Charles.
Bibliographie: Lebel, Jean-Marie «Joseph Le Vasseur Borgia,» Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, p. 544-546
Bonaventure Viger (1775-????) patriote et fils de Louise Levasseur Carmel
Louise Levasseur-Carmel fut la mère de Bonaventure Viger, l’un des acteurs majeurs de la rébellion de 1837. Ce dernier déclenche le 18 novembre à Longueuil la rébellion de 1837. Viger fut l'acteur principal du coup d'éclat du chemin de Chambly, alors qu'à la tête d'une poignée d'hommes, il arracha des mains des dragons de Colborne, le Dr Davignon et le notaire Demaray que l'on conduisait à Montréal à la prison de Montréal. Dès lors activement recherché, Viger s'est déjà réfugié à Saint-Denis. C'était la veille de la bataille et il comptait bien y prendre part, mais sur l'ordre de Nelson, il repart aussitôt pour organiser Longueuil et Boucherville. Il se distinguera en revanche lors de la bataille de Saint-Charles. Viger tente par la suite de se réfugier aux États-Unis, mais il est rattrapé dans la région de Bedford (Missisquoi).
